Entretiens : Françoise Jaunin fait parler Soulages et Penone

Journaliste et critique d’art, Françoise Jaunin a publié cette année deux livres d’entretiens aux éditions La Bibliothèque des Arts.

Le premier est consacré à Pierrre Soulages, « le peintre du noir », et le second à Giuseppe Penone, figure majeure de la sculpture contemporaine internationale.

L’occasion pour chaque artiste de revenir sur son passé, de s’exprimer sur sa vision de la création, de dévoiler ses secrets et techniques de travail et de confier son point de vue sur le regard que portent les gens sur leur œuvre.

Ainsi, Pierre Soulages relate son entrée aux Beaux-Arts, la création de son musée à Rodez, son expérience de viticulteur dans le Midi pendant la guerre pour échapper au service militaire en Allemagne, mais également ses rencontres avec les grands peintres américains de l’après-guerre ou encore son amour de la poésie.

Le grand tournant de son œuvre, en 1979, est également évoqué. Ce moment décisif où il invente le « noir Soulages » qu’il appelle « outrenoir ».

Les grands événements se succèdent alors : exposition à Saint Pétersbourg où il est le premier artiste vivant à être présenté au Palais de l’Ermitage, 500 000 visiteurs qui se pressent au Centre Pompidou pour voir ses œuvres…

Mais, plus que tout, Soulages aime dans ce livre communiquer son amour et son désir intarissables de la peinture. L’homme ne pense qu’au présent, et à l’avenir. Au processus même de la création ainsi que de son rendu final.

« En réalité, je n’aime pas trop les rétrospectives, dit-il ici. Ça m’ennuie. Mon passé m’intéresse assez peu. Ce qui me passionne et me préoccupe, c’est ce que je vais peindre demain. Je ne suis pas allergique à mon histoire, mais je n’aime pas trop regarder en arrière. »

Giuseppe Penone, quant à lui, se présente ici comme un artiste plutôt discret, secret. Un Italien solitaire et silencieux, s’interrogeant sans cesse sur le monde qui l’entoure, la matière, le temps, la mémoire des origines. Un inlassable observateur. Et pour cause : « L’observation est l’indispensable levier de l’imaginaire, de la fantaisie et de la compréhension de la réalité, dit-il à Françoise Jaunin. Sans elle, la capacité d’imaginer n’existe pas. »

Aussi, Penone n’est plus un homme à présenter. Il a participé à la Documenta de Kassel en 1972, 1982, 1987 et 2012 et représenté l’Italie à la Biennale de Venise en 2007. Également invité dans les plus grands musées du monde, l’homme a pu faire découvrir aux visiteurs son œuvre au Stedelijk Museum d’Amsterdam en 1980, au Musée d’art moderne de la ville de Paris en 1984, ou encore au Moma de New York en 2010.

Dernier représentant de l’Arte Povera, ce mouvement qui se veut nomade et défie l’industrie culturelle et la société de consommation, il est aussi professeur à l’École nationale des Beaux-Arts de Paris. Une activité dans laquelle il démystifie complètement le pouvoir de l’enseignant :

« Il faut dire que l’art ne s’enseigne pas. Il n’y a pas vraiment d’instruction possible. La seule chose que l’on puisse enseigner, c’est l’attitude vis-à-vis de l’œuvre. »

De son côté, Penone se définit comme un artiste ayant une mission propre. L’homme se met « en relation avec la matière », confie-t-il dans ce livre. Voilà son rôle.

« Souvent le propos de mon travail, ajoute-t-il, est d’indiquer quelque chose qui existe dans la matière mais qui échappe à notre perception. »

Enfin, des pensées sans représentations n’auraient pas de sens. Les deux ouvrages contiennent des reproductions des œuvres des différents artistes.

On pourra notamment remarquer, pour Soulages,  les vitraux de l’abbatiale de Conques, posés en 1994, vus de l’extérieur et de l’intérieur, de jour et de nuit, et certains tableaux représentatifs de son travail sur le noir (Peinture, 11 avril 1979 ; Peinture, 14 avril 1979 ; Peinture, 23 septembre 1986). Et pour Penone Lentilles de contact réfléchissantes (1970), cet autoportrait de l’artiste lui-même, les yeux obturés par des lentilles en miroir, ou Respirer l’ombre (1998), un « corps absent vêtu de feuilles de bronze et dont l’ombre, elle, est matérialisée par de vraies feuilles de laurier odorantes » d’où « se détache la structure arborescente de poumons dorés évoquant les palpitations humaines ».

Deux livres sur l’art. Deux visions riches et passionnantes sur la création.

Pierre Soulages, Outrenoir, entretiens avec Françoise Jaunin, La Bibliothèque des Arts, 155 pages, 15 euros.

Giuseppe Penone, le regard tactile, entretiens avec Françoise Jaunin, La Bibliothèque des Arts, 131 pages, 15 euros. 

© publiktions.com

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