Jean-Michel Berts ou le nouveau visage de Venise

« La lumière ici est en vérité une puissante magicienne et, avec tout le respect dû à Titien, Véronèse et au Tintoret, plus grande artiste qu’eux tous… La mer et le ciel semblent se croiser à mi-chemin, mélanger les nuances avec une douce irisation, un composé scintillant de flots et de nuages, une centaine de reflets ponctuels et indéfinissables, et puis projeter cette texture sur tout objet visible. »

Cette citation, d’Henry James, ne pouvait pas mieux retranscrire l’impression que renvoie ici cet ouvrage.

Venise est une artiste, et comme sait le faire tout grand artiste, elle provoque d’intenses émotions et exerce un pouvoir magnétique sur tous ceux qui la croisent.

De son côté, le photographe Jean-Michel Berts l’a parfaitement saisi. Aussi a-t-il déployé son immense talent avec l’aide de sa Sinar Norma, une vieille chambre photographique qui ne l’a jamais quitté, à capter ce fascinant pouvoir qu’exerce la Cité des Doges sur les passants.

Son secret ? Se placer au bon moment, scruter les plus beaux instants, aux premières lueurs de l’aube, quand la Sérénissime est encore endormie et que les hommes sont cachés.

D’ailleurs, lorsqu’on sait que Venise est à l’origine de sa passion pour la photographie, on comprend mieux pourquoi le travail de Jean-Michel Berts prend autant de force dans ce volume.

À ce titre, Venise offre ici un visage radicalement nouveau, loin des clichés et des cartes postales maintes et maintes fois vues jusqu’à présent. La ville, que l’on découvre uniquement en noir et blanc sous la lumière hivernale de février, est intimiste, sereine.

À la fois triste et fantomatique.

La place Saint-Marc, le palais des Doges, l’hôtel Danieli et les canaux semblent poser, tels des modèles à la beauté parfaite, avec la plus grande obéissance et discipline. Les candélabres, encore allumés pour quelques instants, éclairent les voies, les bâtiments et se mêlent aux couleurs des nuages immobiles.

À la manière d’un chef d’orchestre, Jean-Michel Berts impose ainsi sa partition. D’un regard décidé, il s’adresse à tous ces mystérieux personnages qui hantent les lieux et les immortalise dans un silence profond.

L’ouvrage, tout simplement, est admirable. Les pages se tournent religieusement, comme si l’on pénétrait un territoire sacré, et l’univers qui s’en dégage apaise le lecteur à la façon d’un doux sédatif.

Une chose est sûre, ceux qui ont déjà visité Venise ne reconnaîtront pas la ville en parcourant ces pages…

Pourtant, le travail a bel et bien été réalisé sans trucage…

La Lumière de Venise, de Jean-Michel Berts, Assouline (35, rue Bonaparte, 75006 Paris), 132 pages, 49 euros. Ouvrages déjà parus dans la même collection : La Lumière de Paris, La Lumière de New York, La Lumière de Tokyo et La Lumière d’Istanbul.

© lesbeauxlivres.com

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