Quand les artistes devancent les hommes de sciences

Jonah Lehrer est neuroscientifique et, contre toute attente, il a fait une découverte dans son domaine en étudiant, non pas des écrits scientifiques, mais en lisant Marcel Proust.

Une découverte bien singulière puisque, selon lui, l’auteur de À la recherche du temps perdu serait le premier à avoir compris que notre odorat et notre goût portent à l’unisson l’essentiel de la mémoire.

« À l’instant même où la gorgée mêlée de miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. (…) D’où avait pu me venir cette puissante joie ? »

Cette découverte, les neurosciences ne l’ont faite que bien plus tard, notamment en comprenant que ces deux sens sont directement reliés à l’hippocampe, unité de la mémoire à long terme, expliquant ainsi leur très fort penchant sentimental.

Dans son livre, Jonah Lehrer ne s’arrête pas là. Selon lui, Proust ne serait pas le seul artiste à avoir avancé avant les scientifiques des vérités sur l’esprit humain.

D’autres grandes figures de la création comme Paul Cézanne, Virginia Woolf ou Igor Stravinsky ont fait de même, en prédisant « les faits à venir ». Huit personnalités en tout y sont abordées dans cet ouvrage.

Et le neuroscientifique pense avoir une explication à ce constat. L’extrême précision de ces découvertes va de pair avec le goût prononcé de ces hommes pour les différentes branches de la science, notamment la biologie, la chimie ou encore la psychologie.

Preuve, selon lui, que quand l’art et la science se rencontrent, des vérités peuvent jaillir.

Auguste Escoffier a su capter « l’essence du goût », Paul Cézanne, quant à lui, a mis au jour le « processus de la vision ». Voilà des intuitions devenues découvertes que les neuroscientifiques peinent aujourd’hui à décrire.

Pour cela, Jonah Lehrer pense que pour parvenir à décrire le cerveau, il ne faut pas renvoyer l’art à son domaine purement imaginaire mais faire de lui un vrai partenaire de la science. Il y a, dit-il, « nécessité de faire appel aux deux cultures, art et science » et « d’allier les méthodes réductionnistes de la science à une investigation artistique de notre expérience. »

À la fois livre parfaitement réussi de vulgarisation et plongée passionnante dans le monde de l’art, Proust était un neuroscientifique étonne, bouscule les préjugés et montre que la science n’est pas la seule voie possible pour accéder à la vérité.

F. H.

TITRE : Proust était un neuroscientifique

Ces artistes qui ont devancé les hommes de sciences

AUTEUR : Jonah Lehrer

TRADUCTION : Hayet Dhifallah

EDITEUR : Robert Laffont

DATE DE PARUTION : 10/11/2011

PRIX : 21 euros

NOMBRE DE PAGES : 324

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